Paris, Bibliothèque nationale de France, BnF Éthiopien d'Abbadie 152

Edited by Anaïs Wion

Work in progress, please don't use as reference
Paris, Bibliothèque nationale de France

Collection: Manuscrits orientaux Fonds éthiopien d'Abbadie

Take a tour of this page

General description

Cartulaire des actes royaux des institutions du nord de l'Éthiopie conservé à Aksum Wangel za-Warq d'Aksum

Number of Text units: 5

Number of Codicological units: 1

Origin

Recueil d'actes des églises, des monastères et de personnes privées du nord du royaume rassemblant plus de soixante-dix actes légaux. La grande majorité concernent des donations de terres faite par des souverains dans les régions autour d'Aksum. La période couverte va de l’Antiquité, avec les souverains mythiques Abrehā et Aṣbeḥa, jusqu’aux premières décennies du dix-neuvième siècle. Néanmoins les principaux donateurs sont les souverains Lebna Dengel (1508-40) et Śarṣa Dengel (1563-97) ainsi que les dignitaires locaux de la période dite Zamana Masāfent. Les principales juridictions concernées sont celles du bāḫer nagaśi?, du Tegrē Makʷannen?, des šum? du Sirē, du Tanbēn, de l’Agāmē, de l’Ambā Sannāyt, de Hagarāy, des awfāri? de Torāt, Zaraftā et Gandabtā. Ces actes ont dû être rassemblés dans un cartulaire à Aksum Ṣeyon pour servir de pièces témoin en cas de conflit ou en cas de perte dans les archives des institutions concernées. Il est probable que le codex original, toujours conservé à Aksum Ṣeyon, se soit enrichi ensuite d'autres donations royales. En effet, pendant l'occupation italienne, Gerardo Villari a pu consulter le Kebra Nagaśt de l'église d'Aksum qui semble être le manuscrit ayant servi à la copie du BnF Éth Abb 152. Et il mentionne de nombreuses donations postérieures à 1849, en particulier des souverains Yohannes IV et Ménélik, du rās Mangašā, etc... (Villari, 1938, p. 6-8)

1844-1848

1844-48

Original Location: Aksum

14° 7'45.97 38°43'9.73

Provenance

Cette copie composite a été réalisée pour le voyageur français Antoine d’Abbadie dans la décennie 1840 à Aksum. La partie contenant les documents d'archives, qui fait suite à un Kebra Nagaśt, a été copiée à partir des textes présents dans «les pages blanches de l’Évangile d’Or de la cathédrale d’Aksum Ṣeyon», comme Antoine d'Abbadie le spécifie dans son catalogue (THIS BIBLIOGRAPHIC RECORD IS WRONGLY ENCODED. Please check the schema error report to fix it.Abbadie, 1859, p. 165) et comme en témoigne peut-être une mention interne au volume (doc. 20, fol. 61ab-61r (a21)). Les actes sont copiés à la suite les uns des autres, tandis que dans l’original ils doivent être répartis dans les pages blanches et les espaces libres du tétra-évangile, si tant est que l’appellation Wangel za-Warq ne soit pas purement symbolique, ce qui ne peut être exclu. En effet, ce cartulaire est un recueil d’actes qui eux-même sont copiés dans les archives et donc potentiellement dans les Évangiles d’Or de leurs institutions d’origine. Aussi les nombreuses mentions internes aux Maṣḥafa Gʷelt (littéralement Document des Gʷelt, voir une proposition de traduction plus complète au document 3 (a3)), ainsi qu’une mention au Maṣḥafa Mangeśt (Document du Gouvernement) et une au Wangel za-Warq, peuvent tout aussi bien concerner les recueils d’origine et non le cartulaire de Aksum Ṣeyon.

Antoine est à Aksum à plusieurs reprises, fin 1844, en novembre 1847 puis en octobre 1848. Ce manuscrit porte bien la cote 152 dans ses carnets de voyage et dans l’inventaire général de sa bibliothèque. Il y porte le titre de Tārika Nagaśt (Histoire des Rois), titre que l'on retrouve sous la forme Tārika Nagaśt za-gabru la-adbār za-qeddusān dans la note marginale au verso du premier folio de garde. Antoine d’Abbadie (1810-97) légua sa collection de manuscrits à Bibliothèque nationale.

Contents


ff. 1-58 Kebra Nagaśt

Fol. 58 : Le colophon donnant les traditionnelles informations sur la traduction de l'arabe en ge'ez au temps de Ya'ebiqa Egzi puis la diffusion du texte après la dynastie zāgʷē est manquant (cf l'analyse de ce colophon par Munro-Hay, 2004http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/ethio_0066-2127_2004_num_20_1_1067. En place ce trouve le court texte ci-dessous, que l'on peut désigner comme un colophon "de substitution". Les manuscrits Bodleian Bruce 93 (manuscrit5) et et BnF Éth Abb 97 comportent ce même colophon de substitution.


Colophon

(gez) ዛቲስ፡ ንግሥተ፡ አዜብ፡ እንተ፡ ስማ፡ ማክዳ፡ እምድኅረ፡ ተመይጠት፡ እም፡ ሰሎሞን፡ ነግሠት፡ ፳ወ፭፡ ዓመተ፡ ኀበ፡ ሃገረ፡ አክሱም፡ ወኵሉ፡ መዋዕለ፡ ሕይወታ፡ ወመዋዕለ፡ መንግሥታ፡ ድሙር፡ ፸ወ፭፡ ዓመት፡ ነግሠት፡ በሰላም፡

(fr) Et après que cette reine Azēb dont le nom est Mākedā soit revenue du royaume de Salomon, elle vécut 35 années dans son pays Aksum, et la durée de sa vie et de son règne s’élève en tout à 75 années durant lesquelles elle régna en paix.

Le texte du Kebra Nagast ne comporte habituellement aucune mention à Aksum, bien que ce soit ce texte qui fonde la mythologie politique qui veuille que l'Arche d'Alliance y soit conservé. Or dans les copies manuscrites produites à Aksum et conservant aussi des documents liés à l'histoire du lieu, le texte du Kebra Nagast a été légèrement modifié afin que le nom de la ville y apparaisse. Ainsi, au folio 6, dans le chapitre 21, se trouve une variante mentionnant le nom d'Aksum : "ዛቲሰ፡ ንግሥተ፡ አዜብ፡ ርስታ፡ ወምድረ፡ ሙላዳ፡ አክሱም፡ እስመ፡ እምኔሃ፡ ተወልደት።", "Et Aksum [est] la terre natale et le rest [propriété transmise héréditairement] de cette reine Azēb car c’est là qu’elle naquit". Cette variante est aussi présente dans les codex Bodleian Bruce 93 (mss) et BnF Éth Abb 97.



Fol. 58v-71 Tarika nagaśt za-gabru la-adbār za-qeddusān Histoire des Rois concernant les impôts des monastères saints

C'est cette partie du manuscrit qui est publiée ici.



Fol. 72r-73v Histoire (zēnā) de Sarkis et de Tertāg rois d'Arménie

Ce texte et les suivants sont copiés d'une autre main.



Fol. 74-77 Profession de foi de l'évêque Jacques de Baradée


Additiones

  1. f. 58va

    (gez) በአኰቴተ፡ አብ፡ ወወልድ፡ ወመንፈስ፡ ቅዱስ፡ አነ፡ ሠራዕኩ፡ ወአውገዝኩ፡ ለሰብአ፡ ገዳም፡ ዘዋልድባ አነ፡ ንጉሥ፡ ገላውዴዎስ፡ ዘተሰመይኩ፡ አጽናፍ፡ ሰገድ፡ ከመ፡ ኢይቅረብ፡ ፩፡ ዘኢነበረ፡ ውስተ፡ ገዳም፡ በአፈ፡ አብ፡ ወወልድ፡ ወመንፈስ፡ ቅዱስ፡ ወበአፈ፡ ፲ወ፭፡ ነቢያት፡ ወ፲ወ፪፡ ሐዋርያት፡ ወበአፈ፡ እግዝእትነ፡ ማርያም፡ ወላዲተ፡ አምላክ፡ ከመ፡ ኢይባዕ፡ ጕልት፡ ውጉዘ፡ ይኩን፡ በሥልጣኖሙ፡ ለጴጥሮስ፡ ወጳውሎስ፡ ወከመ፡ ኢይፍሐቅ፡ ዘንተ፡ ዘተጽሕፈ፡ ኀብ፡ ዝንቱ፡ መጽሐፈ፡ መንግሥት።።።

    (fr) À la gloire du Père, du Fils et du Saint Esprit. J’ai légiféré sous peine d’excommunication pour les gens du monastère de religious-institution: Wāldebbā , moi, pers.xml#p002, afin que celui qui ne résiderait pas dans ce monastère n’en approche pas par la bouche du Père, du Fils et du Saint Esprit, et par la bouche des quinze prophètes et par la bouche des douze apôtres et par la bouche de Notre Dame Marie mère de Dieu. Afin qu’il ne pénètre pas dans ce gʷelt qu’il soit excommunié par le pouvoir de Pierre et de Paul. Et afin que l’on n’efface pas ceci qui a été écrit dans ce maṣḥafa mangeśt .

    Ce document a été émis par le roi Galāwdēwos en faveur de la communauté de Wāldebbā. Très succinct, il peut se résumer en une clause d’immunité pour la protection de l'intégrité du monastère ainsi que pour la protection des chartes émises par la royauté.

    Ce document ouvre la longue série des actes royaux en faveur des églises et des monastères du nord du royaume chrétien d'Éthiopie copiés dans ce manuscrit. C’est un acte atypique à plus d’un titre. D’abord par sa forme, puisqu’il s’agit d’une clause d’immunité formulée deux fois suivie d’une clause de sanction protégeant les actes royaux dans leur matérialité. Ensuite, il est étonnant de voir mentionner le monastère de Wāldebbā car ce monastère n’apparaît pas dans la suite si ce n’est dans le document de nature historiographique des folios 64v-65v (doc. 40 (a41)). Mais surtout, c’est l'expression maṣḥafa mangeśt qui éveille l’attention. Cette terminologie rare interroge. On peut la traduire par « livre du royaume », ou bien encore, par « document royal », « acte royal ». Quel serait ce maṣḥafa mangeśt que l’on veut protéger ? Cela peut ne concerner que ce document, qui n’est en effet pas un maṣḥafa gʷelt comme l’expression apparaît fréquemment, puisque l’acte ne témoigne pas d’une donation de terre mais d’un privilège d’immunité. Il est aussi tentant de voir là une désignation de l’ensemble du cartulaire d’Aksum Ṣeyon, puisque ce cartulaire est avant tout fait d’actes royaux bénéficiant à l’ensemble de la région et que le clergé de l’église d’Aksum fut partie prenante dans leur élaboration, en particulier au cours du seizième siècle (THIS BIBLIOGRAPHIC RECORD IS WRONGLY ENCODED. Please check the schema error report to fix it. Wion, 2011 ). Mais quel serait le lien entre ce document concernant l’immunité de Wāldebbā et l’ensemble du cartulaire ? Cette simple phrase sur la protection du « livre du royaume » ou du « document royal » placée en tête de la compilation des actes extraits de l’Évangile d’Or d’Aksum peut-elle servir de titre, de préambule ? Le second document de la compilation contribue à donner des éléments mettant en scène la promulgation des actes royaux, aussi peut-on conserver cette hypothèse permettant de considérer cette compilation comme résultant d’une volonté délibérée de donner à voir la présence royale à Aksum Ṣeyon. Pour mener plus loin l'étude suivant cette hypothèse, il faudrait alors se demander à quelle époque cette compilation est ainsi mise en forme, car, on le rappelle, le document à notre disposition n'est qu'une copie effectuée au milieu du dix-neuvième siècle par Antoine d'Abbadie. Éd.; Trad. : CRLibAks II-49, p. 42 (txt), p. 59 (tr.) ; HuntLand 54.

    « Acte royal » ou, plus littéralement, « document écrit du gouvernement ».

  2. Fol. 58va

    (gez) በአኰቴተ፡ አብ፡ ወወልድ፡ ወመንፈስ፡ ቅዱስ፡ ጐለትኩ፡ አነ፡ ልብነ፡ ድንግል፡ ወስመ፡ መንግሥትየ፡ ዳዊት፡ ለአቡየ፡ ተንሥአ፡ ክርስቶስ፡ ዘይብልዎ፡ በሀገራይ፡ ጽራዕ፡ ድርባ፡ በተንቤን፡ ተንስሔ፡ ማይ፡ በዓቲ፡ እንዘ፡ ሀሎነ፡ በመካነ፡ ሥላሴ፡ አመ፡ ፲ወ፬፡ ለየካቲት፡ ለሠርቀ፡ መዓልት፡ ወለሠርቀ፡ ሌሊት፡ አመ፡ ፷ወ፰፡ ዓመተ፡ ምሕረት፡ ፻፸ወ፪፡ አበቅቴ፡ ፲ወ፬፡ በዝ፡ ዕለት፡ ጐለትነ፡ እንዘ፡ አዛዚ፡ ሠርጼ፡ ወእንዘ፡ ዓቃቤ፡ ሰዓት፡ ነገደ፡ ኢየሱስ፡ የሐፄ፡ እናት፡ ናዖድ፡ ሞገሳ፡ ብሕትወደድሂ፡ ግራ፡ ወሰን፡ ሰገድ፡ ተይንዕ (sic)፡ እስላም፡ ሰገድ፡ እሉ፡ አዛዞች፡ ቄስ፡ ገበዝ ኢያቄም፡ ቤት፡ ጠባቂ፡ ጽንዔ፡ በዓለ፡ መጽሐፍ፡ ጊዮርጊስ፡ ዘሔደ፡ ወዘተዓገለ፡ መኰንን፡ አው፡ ማእከል፡ ባሕር፡ አው፡ ሥዩመ፡ ተንቤን፡ እው፡ ዘንበለው፡ ውጉዘ፡ ለይኩን፡ በአፈ፡ አብ፡ ወወልድ፡ ወመንፈስ፡ ቅዱስ፡ ለዓለመ፡ ዓለም፡ አሜን።

    (fra) À la gloire du Père, du Fils et du Saint-Esprit. J’ai attribué en gʷelt, moi, , dont le nom de règne [est] Dāwit , à mon père Tanśe’a Krestos , ce qui est appelé : - dans le region: Hagarāy : land: Ṣerā‘ ; land: Derbā . - dans le region: Tanbēn : land: Tanseḥē ; land: May Ba‘āti . Alors que nous étions à religious-institution: Makāna Śellāsē , le ?14 de yakātit, en période de matin, et le 68 [28] en période de soir, l’année de la miséricorde 172, épacte 14. Ce jour nous avons attribué le gʷelt. À l’époque du azzāzi? et de l’ aqābē sa‘āt? , de la mère du souverain? , et aussi du beḥtwaddad de gauche ? et du [beḥtwaddad] de droite ? . Les azzāzoč? [étaient] les suivants : qēs gabaz? , bēt ṭabāqi? , ba‘āla maṣḥaf? . Celui qui prendra par la force ou qui enfreindra [cela], qu’il soit makʷannen? ou mā’ekal bāḥer? ou śeyum du region: Tanbēn ? ou zanbalaw? qu’il soit excommunié par la bouche du Père, du Fils et du Saint Esprit, pour les siècles des siècles, amen.

    Les deux actes suivants mentionnent un personnage nommé Tanśe’a Krestos (n° 3 (item3), fol. 59r et n°4 (item4), fol. 60r). Il y est respectivement śeyuma hagar? (chef du pays) et tagʷazāgʷazā abbā? (père en charge du décorum). S’il s’agit de la même personne, ce qui semble probable, et que celui-ci était moine ou prêtre, comme le suggère l'appellation de « père » employée dans cet acte et dans l’acte du folio 60r, pouvait-il dans le même temps être śeyum?, c’est-à-dire nommé à une charge de pouvoir, et ecclésiastique ? La question du recouvrement des charges et fonctions laïques et ecclésiastiques reste à explorer.

    Cette église se trouve dans l'Amḫara Sayent. Elle fut fondée par le roi pers.xml#p012 (1494-1508), père de Lebna Dengel. Ce dernier la fit reconstruire et lors de l’inauguration du nouveau bâtiment en janvier 1521 y fit déposer les restes de son père, selon le récit de Francisco Alvarez (THIS BIBLIOGRAPHIC RECORD IS WRONGLY ENCODED. Please check the schema error report to fix it.Àlvares, 1558, fol. 163, 164v, 212v sqq.) . Cf aussi une synthèse de l’histoire de l’église dans : THIS BIBLIOGRAPHIC RECORD IS WRONGLY ENCODED. Please check the schema error report to fix it.Derat, 2007.

    Le texte ge’ez porte le chiffre 68 qui est incompatible avec ce système de notation des mois lunaires. Voir THIS BIBLIOGRAPHIC RECORD IS WRONGLY ENCODED. Please check the schema error report to fix it.Neugebauer, 1979, p. 139-142. Les chiffres 20 et 60, respectivement ፳ et ፷ peuvent en effet être aisément confondus, aussi rectifions-nous 68 en 28.

    Il s’agirait, si cette date était exacte, du début du mois de février 1520. Peut-être peut-on supposer une erreur du scribe et il faudrait alors lire « année de la miséricorde 173 », ce qui coïnciderait avec la présence de Lebna Dengel à Makāna Śellāsē pour son inauguration à la fin janvier 1521. Alvarez mentionne en effet explicitement qu’à cette occasion, le roi renouvela les concessions foncières de Makāna Śellāsē (THIS BIBLIOGRAPHIC RECORD IS WRONGLY ENCODED. Please check the schema error report to fix it. Alvarez, 1558: fol. 164v ). On peut donc imaginer qu’il légifère aussi pour d’autres églises. De plus, et toujours suivant Alvarez, plus de « trente mille » ecclésiastiques venus de tout le pays sont présents à cette occasion.

    Wasan Sagad assuma la régence avec la reine mère Nā‘od Mogasā après la montée de Lebna Dengel, à l’âge de douze ans, sur le trône. Il garde de hautes fonctions à la cour, puisqu’il est beḥtwaddad? puis rās?. Il meurt en juillet 1531 sur le champ de bataille. Réf

    Eslam Sagad

    Gʷelt du roi Lebna Dengel à abbā? Tanśe’a Krestos dans le Hagarāy et le Tanbēn, accordé en l'église royale de Makāna Śellāsē.

    Ce gʷelt fut attribué probablement lors de l’inauguration du nouveau bâtiment de Makāna Śellāsē (Amḫara Sayent) par Lebna Dengel et lors de la translation du corps du roi Nā‘od, son père et prédécesseur, dans l’église que ce dernier avait fondée. Si tel était le cas -car cette hypothèse suppose une erreur du scribe dans la copie de la date-, ce document montrerait alors le souverain dans ses fonctions d’attribution des terres, lors de grandes cérémonies mettant en scène sa puissance, dans une église fondée par le pouvoir royal et abritant le corps d’un souverain. La mention de la reine mère, épouse du roi Nā‘od, vient renforcer cette hypothèse. L’église de Makāna Śellāsē est assez éloignée des terres attribuées en gʷelt. Cette première charte d’un important corpus attribué à Lebna Dengel met donc implicitement en scène le pouvoir du souverain et insiste sur l’ampleur de son rayonnement territorial. Elle comporte une autre singularité, celle de mentionner dans la liste de personnes trois azzāzoč? (litt. « ordonnateurs », ou de façon plus descriptive, "officiers"). Ce sont d’abord le qēs gabaz? (économe) et le bēt ṭabāqi? (gardien du trésor et des magasins), qui, comme les documents qui suivent le montrent, sont tous deux des membres de l’église d’Aksum Ṣeyon. Le troisième est le ba‘āla maṣḥaf? ou « maître du livre », qui est plus probablement attaché à la cour royale. J’ai montré dans une étude dédiée aux chartes émises par Lebna Dengel et copiées dans ce codex que ces trois personnes sont, dans ce contexte, celles qui enregistrent l’acte juridique (Wion, 2011). Ce deuxième document du cartulaire pose ainsi le contexte administratif et politique dans lequel a lieu l’émission des documents. Éd., Trad : CRLibAks II-26, p. 29 (txt), p. 34 (tr.) ; HuntLand 41.

  3. Fol. 58vab

    (gez) በአኰቴተ፡ አብ፡ ወወልድ፡ ወመንፈስ፡ ቅዱስ፡ ተጽሕፈት፡ መጽሐፈ፡ ጕልት፡ ቀዳሚ፡ በንጉሥነ፡ ዘርአ፡ ያዕቆብ፡ ለመለጎ፡ ምድረ፡ ጓንኳ፡ እምነ፡ ወይዘራት፡ ወአነ፡ ሐደስኩ፡ ልብነ፡ ድንግል፡ ለመለጎ፡ በከመ፡ ሠርዑ፡ አቡነ፡ ቀዳሚ፡ ከመ፡ ይኩን፡ ተዝካሮ፡ ለአቡነ፡ ቴዎድሮስ ፤፤ ወካዕበ፡ እምነ፡ ሠራዌ፡ ጐለትኩ፡ ጕልት (sic)፡ ቤት፡ ገበዝ፡ ለማርያም፡ ዘደቅ፡ ኢታ፡ ለአባ፡ ዮሐንስ፡ ወእንዘ፡ ሥዩመ፡ ሰራዌ፡ አሮን። ወካዕበ፡ ጐለትኩ፡ ለሚካኤል፡ ዘድባርዋ፡ ጕልተ፡ ለሰብአ፡ ሰዓታት፡ ለደቂ፡ ኢታ፡ ለአባ፡ ዮሐንስ፡ ዓደ፡ አይሰኁት፡ በጸምዓ፡ እንዘ፡ ባሕረ፡ ነጋሢ፡ ሮስ፡ ነቢያት፡ ወእንዘ፡ ንቡረ፡ እድ፡ ኖብ፡ ወእንዘ፡ ቀይሰ፡ ገበዝ፡ ኢያቄም፡ ወሊቀ፡ ዲያቆናት፡ በሥእለት፡ ወቤት፡ ጠባቂ፡ ጽንዓ፡ ማርያም፡ ወእንዘ፡ በዓለ፡ መጽሐፍ፡ አብርሃም፡ ወእንዘ፡ ነፋሕ፡ ገንታ፡ ጰንጠሌዎን፡ እመሂ፡ ሥዩም፡ ወእመሂ፡ መኰንን፡ ዘሄደ፡ ወዘተዓገለ፡ ውጉዘ፡ ለይኩን፡ በአፈ፡ አብ፡ ወወልድ፡ ወመንፈስ፡ ቅዱስ።

    (fra) À la gloire du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Le document du gʷelt (maṣḥafa gʷelt) fut écrit tout d’abord par notre roi pers.xml#p013 , [mentionnant que] pour religious-institution: Malago [était attribuée en gʷelt] la terre de land: Gʷānkʷā faisant partie de Wayzarāt . Et moi pers.xml#p001 j’ai renouvelé pour religious-institution: Malago ce que notre père avait institué autrefois afin que que cela soit pour le tazkār de l’pers.xml#p014. Et aussi dans le region: Śarāwē j’ai attribué en gʷelt land: Bēt Gabaz à [l’église] religious-institution: Maryam des Daqq Itā , à abba? , à l'époque du śeyum du region: Sarāwē ? . Et aussi j’ai attribué en gʷelt à [l’église] religious-institution: Mikā’ēl de Debārwā , des gʷelt aux gens [qui sont chargés de l’office] des Heures, aux Daqqi Itā, à abba? : [la terre de] land: ‘Ada Aysaḫut de Ṣam‘ā . À l’époque du bāḥer nagāśi? , et à l’époque du nebura 'ed? , et du qaysa gabaz? Iyāqēm , et du liqa diyaqonāt? et du bēt ṭabāqi? et du ba‘āla maṣḥaf? et du nafāḥ gantā? (sonneur de trompe) . Qu’il soit śeyum? ou makʷannen?, que celui qui prend par la force ou enfreint [cela] soit excommunié par la bouche du Père, du Fils et du Saint-Esprit.

    Dans la boucle du Marab, sur la rive nord, situé aujourd'hui en Érythrée. Aussi connue avec la graphie Sarāyē.

    Bēt[a] Gabaz signifie littéralement « maison du trésor », mais il semble ici qu’il s’agisse bien d’un toponyme. Deux autres documents dans ce cartulaire, les actes 65 (item66) et 23 (item24), mentionnent une terre nommée Bēta Gabaz dans lesquels elle est attribuée au monastère de Dabra Bankʷāl, dans le Sirē.

    Lit. « enfants, peuple » de Itā.

    Située dans la région du Śarāwē, elle fut la capitale du bāḥer nagāśi?.

    L’Office des Heures (sa‘ātāt) - un office chanté célébré de nuit en période de jeûne- fait partie des réformes liturgiques imposées par le souverain Zar’ā Yā‘eqob. Cette réforme prit un tour particulièrement coercitif à l’église d’Aksum car le souverain y établit un liqa Aksum? afin de faire appliquer ce nouveau service liturgique. Voir le texte de la Chronique : THIS BIBLIOGRAPHIC RECORD IS WRONGLY ENCODED. Please check the schema error report to fix it.Perruchon, 1893, p. 51-52 et une analyse de la mise en place de cette réforme : THIS BIBLIOGRAPHIC RECORD IS WRONGLY ENCODED. Please check the schema error report to fix it.Wion, 2009, p. 159-161.

    Il s’agit de trois documents attestant de trois donations différentes mais liées par la même doxologie et la même formule d'excommunication. Tout d’abord, un renouvellement d'un gʷelt de Zar’a Yā‘eqob à Malago, puis un gʷelt à Māryām des Daqq Itā dans le Śarāwē et enfin à l’église Mikā’ēl de Debārwā. Ces trois gʷeltāt concernent la région du Śarāwē, au nord du Marab. Les mêmes bénéficiaires sont mentionnés dans ses deuxième et troisième parties, cette dernière étant établie alors que le bāḥer nagāśi? était Ros Nabiyāt.

    L’église de Mikā’ēl à Debārwā était alors l’église du bāḥer nagāśi?, d’après le récit d’Alvarez (THIS BIBLIOGRAPHIC RECORD IS WRONGLY ENCODED. Please check the schema error report to fix it. Àlvarez, 1558: fol. 83v ). Ce dernier a connu quatre bāḥer nagāśi? entre 1520 et 1526 : Dori qui meurt alors qu’il est en fonction ; son jeune fils qui est aussitôt démis de cette charge par le roi au profit de Ros Nabiyāt ; ce dernier qui exerce cette fonction deux années avant d’être nommé beḥt waddad? ; enfin Adibi, qu’il qualifie de « puissant seigneur ». C’est ce qui nous permet de donner la fourchette de datation 1521-25 à ce document. L’acte 41 (a42) dans ce cartulaire est daté de 1526 et mentionne Ros Nabiyāt avec le titre de beḥt waddad?. Par ailleurs, on voit apparaître ici pour la première fois dans ce cartulaire l’expression maṣḥafa gʷelt. Plusieurs possibilités s’offrent à nous pour sa traduction. Cela peut être rendu par « livre des gʷelt » mais cette traduction laisse penser à une collection de documents. Or le terme maṣḥafa, substantif du verbe écrire (ṣaḥafa) peut désigner aussi un simple document écrit, pas nécessairement un livre. Nous choisissons donc de traduire par « document du gʷelt », sachant que pour être tout à fait explicite, il faudrait probablement rendre cette expression par « document dans lequel est mis par écrit l’attribution de terres en gʷelt ». Éd. : CRLibAks II-20, p. 26 (txt), p. 30 (tr.) ; HuntLand p. 37-38.

  4. Fol. 58vb

    Attribution en gʷelt par le roi Lebna Dengel de la vallée fertile de Saglāmēn à une princesse descendante du neguś Dāwit (1379/80-1413).

    Vallée située au sud d’Aksum, la terre de Saglāmēn est mentionnée comme appartenant à l'église d'Aksum Ṣeyon dans l’une des versions du gʷelt des rois Abreḥā et Asbeḥā. Ce dernier document, souvent copié dans des versions différentes, (doc. 43 (a44), fol. 66ra dans ce manuscrit) fut probablement forgé étant donnée la période antique à laquelle il est censé avoir été rédigé, les rois Abreḥā et Asbeḥā étant des rois semi-légendaires du quatrième siècle. Or Saglāmēn est la dernière des terres mentionnées dans cet acte « antique » ce qui laisse penser que la mention de Saglāmēn y fut un ajout ultérieur. Il y a certainement eu des conflits entre l'intérêt du pouvoir royal et celui de l'église d'Aksum sur cette plaine fertile très proche de l'agglomération aksumitaine. Éd. : CRLibAks II-28, p. 30 (txt), p. 35-6 (tr.) ; HuntLand, p. 42-43

  5. Fol. 58vb-59a

    Attribution à Māy Wayn de terres en gʷelt par le roi Ba'eda Māryām dans la région du Ṣenbelā, au Sirē, pour la célébration de son tazkār et du tazkār marial. Cette donation gʷelt est renouvelée par Lebna Dengel.

    L’intérêt de ce document réside dans le fait qu’il témoigne d’une donation de terre pour un tazkār royal du vivant même du souverain qui accorde l’acte et qu’il insiste sur la puissance de cet acte qu’est le tazkār. Cette pratique, que l’on rencontre aussi dans des textes narratifs (THIS BIBLIOGRAPHIC RECORD IS WRONGLY ENCODED. Please check the schema error report to fix it.Colin, 2010 : 79 par exemple), montre le soin accordé à la préparation de ce rituel commémoratif et l’importance de celui-ci, en particulier dans le processus de l’intercession. Il est aussi possible que le tazkār ait été, dans une certaine mesure, un motif conventionnel de la contrepartie due en échange d’une donation foncière royale, ce qui minimiserait l’importance de la memoria dans les motivations de l’acte de donation. Mais ce document montre bien que cette hypothèse a minima ne peut être acceptée sans supposer aussi l’authenticité de l’échange dans certains cas de figure. Par ailleurs, ce document doit être lu en association avec celui qui le suit, lui aussi un renouvellement de gʷelt par Lebna Dengel à la même église mais dont l'acte initial est attribué à Zar’a Yā‘eqob (1434-68). On note que les listes des témoins et fonctionnaires royaux chargés d’établir et de légitimer ces deux actes sont sensiblement différentes. Ces deux renouvellements de gʷelt à Māy Wayn, qui concernent des terres différentes, auraient donc été effectués par Lebna Dengel à deux moments différents. Éd. : CRLibAks II-23, p. 27-28 (txt), p. 31-32 (tr.) ; HuntLand 38

  6. Fol. 59a

    Attribution en gʷelt par le roi Zar'a Yā‘eqob des terres de Esṭifā et Māy Ṭāfāt à Māy Wayn, rebaptisée Gubā'ē Māryām. Ce gʷelt est renouvelé par Lebna Dengel.

    Comme pour le document précédent (n°5 (a5)), il s’agit d’un renouvellement par Lebna Dengel d’un gʷelt du quinzième siècle. Ces deux documents confirment que le lieu a du changer de nom ou à tout le moins que son église a du être consacrée à Marie et qu’elle s’appelle alors Gubā'ē Māryām (Réunion de Marie), selon ce document, ou Dabtarā Māryām (Tente de Marie), selon le précédent. On peut sentir ici le poids des réformes en faveur du culte marial sous le règne de Zar’a Yā‘eqob. La pratique du changement de nom semble avoir été une des stratégies utilisée pour accompagner ces réformes, le cas du monastère de Dabra Asbo devenant Dabra Libānos en étant le plus célèbre. Éd. : CRLibAks II-21, p. 27 (txt), p. 30-31 (tr.) ; HuntLand 38

  7. Fol. 59ab

    Pāwlos, le successeur du fondateur, l'abbé Yonās, obtient du roi Lebna Dengel, en 1520-21, l’attribution de nombreux gʷeltāt à l'établissement. Ces terres sont réparties selon quatre ensembles géographiques : Waraqat ; Dabra Qeddus ; Zānonā ; Bāraknāhā.

    Cet acte de donation au monastère eustatéen de Dabra Dehuhān Enda Yonās de Qwoḥayn peut être comparé à deux autres actes de donation de terres émis par le gouverneur du Sarāwē, Belēn Sagad, et conservés dans les archives du monastère (ca. 1489, date de la fondation). Ces documents sont édités, traduits et commentés par THIS BIBLIOGRAPHIC RECORD IS WRONGLY ENCODED. Please check the schema error report to fix it.G. Lusini, 1998, p. 22, 25, 31, 41, 44. L’analyse comparée montre en effet que cette donation de Lebna Dengel est un renouvellement royal des donations précédemment effectuées par le gouverneur du Sarāwē. Éd. : CRLibAks II-27, p. 29-30 (txt), p.  34-35 (tr.); HuntLand p. 41-42.

  8. Fol. 59b-59va

    Renouvellement du gʷelt de Egzi'e Kebrā par Lebna Dengel sur la terre de Memesāḥ.

    Il s’agit d’un renouvellement à la mère du roi Zar’a Yā‘eqob, qui est donc décédée au moment de la donation. On peut supposer qu’il s’agit d’un renouvellement à une église qui lui avait appartenue. La longue liste de dignitaires est particulièrement intéressante en ce qu'elle mentionne le dabtarā? préposé à la mise en place du gʷelt. Éd. : CRLibAks II-40, p. 36 (txt), p. 42-43 (tr.) ; HuntLand 47-48

  9. Fol. 59va

    Le roi Zar'a Yā‘eqob attribue des terres à [Māḫbara Māryām] l'église d'abbā? Iyosyās. Il conclut un pacte (kidān) avec les gens du pays pour garantir la clause d’immunité.

    Il existe trois versions différentes connues de cet acte de donation, celle-ci comprise. La deuxième est conservée dans le même manuscrit, au folio 70va (doc. 67 (a68)). Selon celle-ci, cinq terres sont attribuées à l'église de Māḫbara Māryām dans la région de Burē, dont trois coïncident avec la liste, plus longue, du document présent. L'hagiographie (gadl) de Iyosyās, conservé dans l’église de Māḫbara Māryām, propose une troisième version sensiblement différente : seules deux terres y sont mentionnées, Gurē et Qaṭantānē. Il n’y est pas fait mention des tazkār car celui de l’abbé fondateur est déjà amplement traité à la fin du gadl. Enfin il est précisé que le souverain Zar’a Yā‘eqob avait fait modifier le nom de l’église pour la dédier à Marie. Éd. : CRLibAks II-19, p. 29-30 (txt), p. 26 (tr.). ; HuntLand 37

  10. Fol. 59vab

    Deux terres, Ambā Dorḥo et Baqlā, sont attribuées en gʷelt aux enfants de Dāfla car celui ci se rend à Jérusalem.

    S'agit-il d'une sorte d'assurance permettant aux enfants et descendants du voyageur de bénéficier d'un moyen de subsistance pendant le départ du chef de famille ? Ou aussi plus en amont, d’un apport de richesse pour préparer ce voyage ? Le souverain avait probablement un intérêt dans ce voyage du nommé Daflā vers la terre sainte, pour s’inquiéter ainsi du bien être de sa famille. Il peut lui avoir confié des lettres ou des messages, des sommes d’argent, des cadeaux pour la communauté éthiopienne présente là-bas, ainsi que pour les représentants des différents pouvoirs politiques sur place et le long du chemin. En effet, deux textes édités et traduits par J. Kolmodin mentionnent Dāflā et précisent son statut et celui de son voyage vers Jérusalem. Ainsi, selon les « Annales du Père Māḥṣanta Māryām » en 1514 (année 168 de la Miséricorde), le kantibā? Dāflā, accompagné du fils de Amda Mikā’ēl, se rendent à Jérusalem « sur ordre du roi » (THIS BIBLIOGRAPHIC RECORD IS WRONGLY ENCODED. Please check the schema error report to fix it.Kolmodin, 1912, p. 25 (tx), p. 33 (tr.) ). Puis, salon une liste de tazkār initiant la Chronique de la famille d’Asgadom, fils de Zar’āy, le kantibā? Dāflā meurt le 5 miyāzyā de l’an 183 de la Miséricorde, en mars 1531, probablement lors d’une des plus grandes victoires de l’imam? Ahmed, dans le Dawāro. (THIS BIBLIOGRAPHIC RECORD IS WRONGLY ENCODED. Please check the schema error report to fix it.Kolmodin, 1912, p. 53).Éd. : CRLibAks II-38, p. 35 (txt), p. 41 (tr.) ; HuntLand 47.

  11. Fol. 59vb

    Cette attribution de terre gʷelt à une personne privée est sous la protection d’un anathème lancé par l’abuna? Mārqos.

    Une critique interne des informations contenues dans cet acte dont un certain qaysa gabaz? Gabra Māryām est le bénéficiaire ne révèle pas de contradictions chronologiques. Tous les dignitaires cités furent probablement présents lors du règne de Śarṣa Dengel. Ainsi le qāla aṣē? Amda Mikā'ēl est-il qaysa gabaz? dans les actes 32 (a33), 33 (a34) et 34 (a35), tandis que le nebura 'ed azmāč? Takla Śellus est probablement toujours en place pendant le règne de Susneyos (1607-32) (voir doc. 39 (a40)). De même un métropolite du nom de Mārqos fut en charge entre 1570 et 1582/88. Néanmoins, la place de la copie de cet acte dans le cartulaire, entre deux actes (doc. 9 (a10) et 11 (a12)) datés du règne de Lebna Dengel et dans lesquels un qaysa gabaz? Gabra Māryām est présent, laisse à penser que le copiste à penser ou a voulu signifier qu’il s’agissait d’une même personne. Étant donné l’assez grand laps de temps entre les deux périodes (Gabra Māryām est mentionné dans un acte daté de 1520-21), on peut retenir l’hypothèse la moins avantageuse pour le copiste. Ainsi la similitude de nom et de fonction entre deux qaysa gabaz? Gabra Māryām l’aurait simplement conduit à placer ce document à cet endroit, brisant ainsi la structure relativement fiable chronologiquement de ce début de cartulaire. Chacun des deux règnes a connu un métropolite du nom de Mārqos ce qui a pu favoriser une telle méprise. Éd. : CRLibAks II-53, p. 44 (txt), p. 52-53 (tr.); HuntLand 56.

  12. Fol. 59vb

    La terre de Ad Gabso attribuée en gʷelt au voyageur Walda Ḫārāgedāy et à ses enfants est en réalité donnée, probablement pour sa gestion, à l'église d'Aksum.

    Ce document est de même nature que le document 9 (a10) et fut émis à la même période. La terre destinée à subvenir aux besoins du voyageur et/ou à payer ses charges pendant son absence est confiée à l’église d’Aksum. La terre de Ad Gabso qui est dévolue à cette fonction est par ailleurs mentionnée dans un document énumérant les terres d’Aksum Ṣeyon contribuant au bēta neguś. Il s’agit du document CRLibAks I-3, copié dans les compilations historico-légales relatives à l’église d’Aksum. Il y est copié après les cinq gʷelt « primitifs » d’Aksum Ṣeyon (voir par exemple le ms. BnF Éth. Abb. 97, fol. 89r ou Éth. Abb. 225 fol. 30). On peut donc en déduire qu’à un moment cette terre revint en propriété à l’église, qui n’en était au début du seizième siècle que simple administratrice. Éd. : CRLibAks II-37, p. 35 (txt), p. 41 (tr.). ; HuntLand 46.

  13. Fol. 59vb-60a

    Ce document rappelle en premier lieu qu’à l’époque du roi Amda Ṣeyon et suite à une révolte, la région de Amba Śannayt avait été punie et à sa tête avaient été nommés des êtres non-humains. Le roi Lebna Dengel impose ensuite que le śeyum? de l’Amba Śannayt soit considéré au même titre que les autres śeyum? de région et que le souvenir des êtres non-humains soit éradiqué.

    Il semble que vers 1320 le roi Amda Ṣeyon (1314-44) avait écrasé une rébellion menée par Yā‘ebika Egzi'e, gouverneur de l’Entartā, ce dernier étant à la tête d’une coalition de princes du nord du royaume contre le souverain. Suite à cela, le souverain aurait implanté sur l’Ambā Śannayt une colonie militaire qui lui servit de base pour mener des actions militaires dans la région et la garder sous son contrôle (voir la synthèse menée par THIS BIBLIOGRAPHIC RECORD IS WRONGLY ENCODED. Please check the schema error report to fix it.Derat, 2003, p. 227).

    L’analyse des quelques textes connus, essentiellement des actes royaux, documentant cet épisode reste à mener. Ainsi, l’étude de Taddesse Tamrat (THIS BIBLIOGRAPHIC RECORD IS WRONGLY ENCODED. Please check the schema error report to fix it.Taddesse Tamrat, 1972: 73sq., 95 sq) serait entièrement à reprendre avec un examen plus approfondi de la documentation. Dimitri Toubkis aborde ce problème de la documentation relative à cet épisode dans sa thèse de doctorat, (cf THIS BIBLIOGRAPHIC RECORD IS WRONGLY ENCODED. Please check the schema error report to fix it.Toubkis, 2004, dernier chapitre). Ainsi l’un des actes de l’Évangile d’Or de Dabra Libānos de Hām, THIS BIBLIOGRAPHIC RECORD IS WRONGLY ENCODED. Please check the schema error report to fix it.Conti Rossini, 1901, p. 203-206, n°17, tout autant que les folios fol. 38b-40a du manuscrit BL Or. 695, seraient à reconsidérer.

    Le présent document montre à tout le moins que lors du règne de Lebna Dengel (1508-1540), soit deux siècles après cet épisode, il fallut un acte royal pour normaliser la situation de l’Amba Śannayt au sein de la région et du royaume. À moins que celui-ci n’ait seulement pris acte d’une normalisation de fait du statut de cette région.

    THIS BIBLIOGRAPHIC RECORD IS WRONGLY ENCODED. Please check the schema error report to fix it.Éd. : CRLibAks II-29, p. 30-31 (txt), p. 36 (tr.) ; HuntLand 83-84.

  14. Fol. 60ab

    Le souverain accorde une terre à Belulāzān « afin que cela soit pour sa subsistance (sisāy) pendant sa vie et pour sa commémoration (tazkār) après son trépas, et afin que cela revienne à ses enfants et aux enfants de ses enfants. »

    Ce document est la première et la plus ancienne donations en gʷelt à une personne privée contenue dans ce cartulaire. Elle met en lumière l'un des mécanismes de la donation de terre en gʷelt, à savoir permettre au bénéficiaire d'en tirer un revenu de son vivant, puis à ses enfants qui en hériteront, d'organiser sa commémoration et ainsi de partager le bénéfice de cette terre avec la communauté, par le biais de l'institution religieuse. Éd. : CRLibAks II-32, p. 33 (txt), p. 38-39 (tr.) ; HuntLand 44-45.

  15. Fol. 60b

    Ce gʷelt est attribué à Robēl pour qu’il le transmette ensuite à ses descendants.

    Robēl, grand officier proche du souverain Lebna Dengel, fut ba‘ālgādā? puis, à partir de 1523, Tegrē Makʷannen?. Chef d’armée valeureux, il meurt au combat en 1529. Cette donation est peut-être faite ou du moins rédigée post-mortem. En effet, la mention dans cet acte de l’āqābē marḫo? Tarbinos montre qu’alors le bēt ṭabāqi? Ṣen‘ā Māryām n’est plus en poste, or il est encore présent dans un acte daté de novembre 1530. De même, le qaysa gabaz? et le liqa dyaqonāt?, deux charges occupées de façon stable durant le règne de Lebna Dengel, sont ici remplies par deux personnes différentes du reste du corpus. Éd. : CRLibAks II-34, p. 34 (txt), p.  40(tr.); HuntLand 45.

  16. Fol. 60b-60va

    Le gʷelt accordé à abbā? Garimā par le roi Gabra Masqal pour le sanctuaire de Madarā est renouvelé par Lebna Dengel. Il est situé sur les terres de Ṭāfā, Adwā, Lagʷamt et Hāgarāy.

    Il s’agit ici du renouvellement de la donation par le roi Gabra Masqal faite au monastère fondé par Garimā, l’un des « Neuf Saints » qui auraient évangélisé l’Éthiopie à la fin du royaume d’Aksum. Deux autres versions de cette donation « originelle » au monastère sont connues. L’une est copiée dans le manuscrit BnF Éth. Abb. 225, au folio 144. C’est le document II-3 édité par Conti-Rossini (1909-10: 21). L’acte ne contient qu’une très longue liste de terres, recoupant en partie celle-ci. Une autre version de cette donation est aussi connue par l’homélie à l’abuna? Garimā, une homélie qui fait office de récit hagiographique pour ce saint et qui aurait été rédigée au quinzième siècle (THIS BIBLIOGRAPHIC RECORD IS WRONGLY ENCODED. Please check the schema error report to fix it.Conti-Rossini, 1897: 167-68 pour le texte ge’ez ; THIS BIBLIOGRAPHIC RECORD IS WRONGLY ENCODED. Please check the schema error report to fix it.Conti-Rossini, 1909-10: 21 pour une traduction partielle de l’acte). Comprise dans un texte narratif, elle est plus développée (incluant ainsi un récit de miracle légitimant une partie de la dotation foncière) mais conserve les traces du formulaire diplomatique. Elle est assez proche de ce document qui, probablement, s’en inspire. Éd. : CRLibAks II-31, p. 32-33 (txt), p. 37-38 (tr.); HuntLand 43-44

  17. Fol. 60va

    Renouvellement par Lebna Dengel du gʷelt d’Abbā Panṭalēwon attribué originellement par Kālēb et Gabra Masqal.

    Les noms des terres formant le gʷelt ne sont pas mentionnés. Par contre la clause d’immunité semblerait indiquer que trois provinces recouvrent les terres appartenant à l’église d’Abba Panṭalēwon : le Gandabtā, le Torāt et le Zaraftā. Le document 23 (a24) mentionne conjointement ces trois régions. Abbā Panṭalēwon est un monastère situé à quelques kilomètres au dessus de la ville d’Aksum, et l’awfāri? du Zaraftā, et dans une moindre mesure celui de Torāt, sont très souvent mentionnés dans les clauses d’immunité concernant l’église d’Aksum Ṣeyon elle-même. Éd. : CRLibAks II-35, p. 34 (txt), p. 40 (tr.); HuntLand 46.

  18. Fol. 60vab

    Émis pour ou à l’époque de l’aqābē sa’at? Nagada Iyasus, ce gʷelt a été promulgué par ou pour le ḥegg? Aḥmad nagād ra’s?.

    La compréhension de ce document pose problème. Tout d’abord le destinataire du gʷelt n’est pas clairement identifié, sauf à comprendre qu’il s’agit de l’aqābē sa’at? Nagada Iyasus, ce qui paraît peu probable étant donné le statut très élevé de ce personnage et la probable simplicité de cette donation de terres. Il manque une liste complète des dignitaires mais on peut imaginer qu’ici le nom de l’aqābē sa’at? Nagada Iyasus résume cette partie du discours diplomatique. Il n’est pas plus aisé de comprendre le rôle du chef des marchands et des douanes (nagād ra’s?) Aḥmad. Il est celui qui accompli l’acte de l’attribution du gʷelt (za-agʷelata) et donc ne semble pas non plus être le bénéficiaire. La forme très elliptique de cet acte laisse penser qu’il s’agirait d’un brouillon, d’un aide-mémoire. Éd. : CRLibAks II-25, p. 29 (txt), p. 32 (tr.); Hunt 40.

  19. Fol. 60vab

    Attribution de terres par Lebna Dengel dans la région de Bur au śeyum de cette même région ainsi qu’à sa femme et à leur fils.

    Ce document mentionne l’épouse du dignitaire recevant la donation foncière. On voit là une fois de plus l’importance d’une donation de terre en statut gʷelt pour la formation de la richesse d’une famille, et peut-être aussi de l’aisance matérielle liée à une fonction de gouverneur de région, au cas où celle-ci serait aussi transmise héréditairement. Ce document serait, selon C. Conti Rossini (1910, p. 42, n. 1) fondateur pour les traditions de l’Akkalā Guzāy. Éd. : CRLibAks II-39, p.  35-36 (txt), p.  42(tr.); HuntLand 47.

  20. Fol. 60vb-61a

    Gʷelt de Lebna Dengel à l’azzāzi Takla Iyasus sur la terre nommée Ebr Albē.

    Éd. : CRLibAks II-36, p.  34-35 (txt), p.  40-41(tr.); HuntLand 46.

  21. Fol. 61ab-61r

    Liqānos reçoit la charge de žān ṣegē, c’est-à-dire de préposé au services des Heures dans l’église d’Aksum Ṣeyon. Il reçoit avec cette charge quatre territoires (gē). La liste des dignitaires, particulièrement détaillée, mentionne les responsables de Nā‘ēder.

    L’office des žān ṣegē avait été créé par Zar’a Yā‘eqob et mis en place à Aksum sous la direction d’un nouveau dignitaire, le liqa Aksum, possédant des droits sur la région de Nā‘ēder, située au sud d’Aksum

    Voir la Chronique de ce souverain, Perruchon (1893: 51-52) et le gʷelt de Zar’a Yā‘eqob à Aksum Ṣeyon, CRLibAks II-13. Pour une analyse de cette réforme et de ces deux textes, voir Wion (2009: 159-160)

    . Ce document témoigne de la pérennité ou de la remise à jour de cette structure au début du seizième siècle. Par ailleurs, c’est dans cet acte de donation que se trouve la mention de sa copie sur ordre royal dans le Wangel za-Warq, Évangile d’Or. Enfin, on notera le raffinement de la langue et des formules de ce document. La phrase : « Jusqu’à la fin des temps, en jugeant je ne jugerais pas et en oubliant je n’oublierais pas » est, dans l’état actuel de nos connaissances, un hapax de la littérature diplomatique et sa signification ambiguë Éd. : CRLibAks II-43, p. 38-39 (txt), p. 45-46(tr.); HuntLand 50-51.

Form of support

Paper Codex

Extent

State of preservation

good

Condition

Très bon état de conservation

Binding

Seals

Layout

Layout note 1

Number of columns: 2

    Hand

    Deux scribes ont réalisé les différentes copies compilées dans ce codex. Un premier scribe copie le Kebra Nagaśt et le cartulaire. Puis les trois textes suivants sont d'une écriture plus fine. On peut donc envisager deux moments, peut-être même deux lieux de copie distincts.

    Select one of the keywords listed from the record to see related data

    No keyword selected.

    Use the tag BetMas:BNFabb152 in your public hypothes.is annotations which refer to this entity.

    This page contains RDFa. RDF+XML graph of this resource. Alternate representations available via VoID.

    Suggested Citation of this record

    Pietro Maria Liuzzo, ʻParis, Bibliothèque nationale de France, BnF Éthiopien d'Abbadie 152ʼ, in Alessandro Bausi, ed., Die Schriftkultur des christlichen Äthiopiens: Eine multimediale Forschungsumgebung / beta maṣāḥǝft (Last Modified: 17.11.2016) http://betamasaheft.eu/manuscripts/BNFabb152 DOI:10.25592/BetaMasaheft.BNFabb152 [Accessed: 2018-09-22+02:00]

    Revisions of the data

    • Pietro Maria LiuzzoCreated XML record from EMA record on 17.11.2016

    Attributions of the contents

    This file is licensed under the Creative Commons Attribution-ShareAlike 4.0.